Il y a un an, je démissionnais.

Le déclic

Il y a un an, jour pour jour, je postais ma lettre de démission. J’ai choisi de quitter mon CDI pépère dans un grand groupe pour tenter l’aventure freelance. L’idée me trottait dans la tête depuis assez longtemps, mais le déclencheur final aura été mon passage à San Francisco pour la WWDC 2012. Ironiquement, c’est mon employeur qui m’y avait envoyé (et je l’en remercie encore !). Difficile en effet de passer 2 semaines plongé dans le monde de la Silicon Valley sans être sensible à l’esprit qui y règne. J’ai rencontré des indépendants, des fondateurs de startup, tous passionnés. Même les employés d’Apple, Google avec qui j’ai pu parler m’ont donné cette envie de passer à autre chose…

Prendre les choses en main

Je n’avais pas de produit, pas d’idée révolutionnaire, juste l’envie de pouvoir choisir ce que je voulais faire. Mon expertise : le développement d’apps pour iOS. Depuis 2008, j’ai cumulé quasiment autant d’expérience qu’il est possible d’en avoir sur le sujet. Le produit que j’allais vendre, ce serait donc moi.
Et mes propres idées dans tout ça ? J’espèrais bien pouvoir régulièrement dégager du temps pour m’en occuper.

Il m’a quand même fallu 3 bons mois pour passer à l’étape suivante, la démission. J’ai espéré pouvoir bénéficier d’une rupture conventionnelle qui m’aurait permis de bénéficier du chômage et de réductions de charges sociales. Malheureusement, impossible à obtenir dans ce contexte économique.

Le choix de la structure a été très simple. L’auto-entreprise n’est pas adaptée à une activité à temps plein. Le plafond est trop faible. C’est donc une “banale” EURL qu’il me fallait créer.

La création

J’ai démarré le processus début janvier 2013. Ça faisait partie de mes bonnes résolutions. Enfin une que j’aurai tenue ! J’avais un peu peur d’être perdu au milieu de toutes les démarches administratives, mais tout s’est passé sans trop de difficultés :

  • Des modèles de statuts sont facilement trouvables pour une EURL standard
  • J’ai pu prendre conseil auprès de collègues indépendants (merci encore pour leurs conseils inestimables)
  • L’étape “banque” a été une formalité
  • Internet est plein de ressources très utile. Les forums de freelance-info.fr sont une mine d’or d’informations
  • Le CFE (Centre de Formalités des Entreprises), c’est le bonheur total. Je ne sais pas à quel point créer une société était compliqué avant, mais tout est simplifié grâce au CFE. Il suffit de suivre la procédure en ligne pour constituer le dossier, puis d’aller le déposer chez eux. Plus besoin de courir partout.

En 3 semaines, c’était plié, la société était immatriculée. 1 semaine supplémentaire, et j’avais le Kbis.

Le plus dur aura peut-être été de trouver un nom

  • original
  • non déposé
  • qui se réfère à l’activité
  • dont le nom de domaine est disponible

C’est ainsi que Cocoapps est née.

9 mois après

Après 9 mois d’activité, la société se porte très bien. Mon premier client aura finalement été mon ex-employeur, chez qui un nouveau projet est arrivé quelques jours avant mon départ.

Quelques réflexions issues de ces premiers mois :

  • Le réseau, c’est primordial. C’est la source principale de contacts, et donc de clients. Par réseau, j’entends ex-collègues, amis, anciens de promo, personnes rencontrées en conférence. C’est infiniment plus efficace que Linked In, Viadeo et que les sites comme freelance-info ou trouvemoiunfreelance. Bonus : la confiance est plus facile quand il y a un tiers entre le client et moi.
  • Corollaire pour les apps iOS : Participer à quelques conférences, c’est ultra-bénéfique. La WWDC, c’est encore mieux. J’ai eu la chance d’avoir une place cette année, et le prix peut se justifier uniquement par les contacts qu’on s’y fait.
  • Un comptable, c’est indispensable. J’ai tenté quelque temps de m’en sortir tout seul. J’ai même pris un livre sur le sujet et je me suis pas mal renseigné sur le web. Puis j’ai commencé à réfléchir aux impôts, à tout ce qu’il fallait connaître pour bien calculer, et se tenir au courant des évolutions de la loi… Et à ce moment, j’ai pris un comptable. Les honoraires, c’est le prix de ma liberté. Après tout, on ne demanderait pas à un comptable de développer des applis mobiles. L’inverse est vrai aussi, il fallait juste que je m’en rende compte.
  • Se vendre, ça peut être fun. J’appréhendais de devoir jouer le commercial, d’être en première ligne avec le client. Maintenant, je trouve ça naturel.
  • Le prix. J’ai encore quelques progrès à faire lors de la partie négociation des tarifs. J’ai tendance à être un peu trop doux — une naïveté de débutant j’imagine — mais je progresse.
  • La « solitude » du freelance. Faire des choix seul, gérer seul. Pouvoir en parler à quelqu’un est très important. Travailler de chez soi est très agréable, mais parfois pesant. Les espaces de co-working sont une bonne alternative.
  • Besoin de pauses pour éviter la saturation. Partir un jour ou deux, ou plusieurs semaines, sans regarder ses emails. Ça m’a permis de garder toute ma tête (et pourtant j’adore ce que je fais !)
  • La veille technologique. Tout le monde sait que c’est important. D’expérience, elle n’est pas toujours facile à pratiquer en tant que salarié : quand on doit maintenir la compatibilité de projets existants, difficile de trouver le temps pour explorer les dernières nouveautés. En travaillant sur des projets neufs, plus courts, j’ai pu y remédier et me rattraper. Il s’agit de ne pas se faire dépasser par tous ces petits jeunes qui arrivent ! :)

(Chacun des points ci-dessus mériterait probablement un article complet.)

Pas de mauvaise surprise pour le moment, j’ai eu des clients merveilleux, bons payeurs, en régie ou au forfait. Les projets se sont passés dans la bonne humeur et ont accouché de belles applis.

La suite

Un bémol pour le moment : je n’ai pas eu beaucoup de temps à consacrer à mes propres projets. 2 semaines en 9 mois, c’est peu. Idéalement, j’aimerais pouvoir dégager 2 mois par an pour m’y consacrer. Le chiffre d’affaires se porte bien, ça me permettra peut-être de libérer le temps nécessaire.

D’un point de vue extérieur, mon activité a peu changé par rapport à ma période “salariée”. Mais j’ai gagné en liberté avec une grande flexbilité sur mon emploi du temps et des projets entièrement choisis. J’ai peu parlé de l’aspect financier, mais il y a de nettes améliorations de ce côté également.

La suite, ce sera, je l’espère, faire un peu de place pour accueillir un associé et ami prochainement. Nous étions à San Francisco ensemble cette année… et l’histoire se répète ?

@Jilouc sur Twitter.