De la mise à jour de Tweetbot pour iOS 7

Tweetbot 3 est sorti aujourd’hui. Tapbots a entièrement revu son célèbre client Twitter pour embrasser à pleine bouche les nouveautés d’iOS 7. Paul Haddad et Mark Jardine se sont mis au travail dès l’annonce faite durant la WWDC en juin.

Je ne vais pas faire une review de Tweetbot 3, que je trouve particulièrement réussie. Ils sont parvenus à garder ce qui faisait la spécificité de l’app tout en s’adaptant à iOS 7 à merveille. Elle est immédiatement venue remplacer son prédécesseur sur mon iPhone, et il en sera de même pour la future app iPad à sa sortie, je n’en doute pas.

Je préfère revenir sur les réactions que cette sortie a provoquées.

Tapbots a choisi d’en faire une mise à jour payante, pour 2,99€ (le prix augmentera plus tard). De manière prévisible, cela a entraîné un flot de réactions dénonçant l’horrible choix des développeurs gloutons. Comme lors de la sortie de Tweetbot pour iPad et comme lors de la sortie de Tweetbot pour Mac.

Revenons il y a quelques jours. Tapbots annonçait sur son blog que l’app avait été soumise pour validation à Apple. Ils confirmaient au passage qu’ils avaient initialement visé une sortie conjointe à celle d’iOS 7. Seulement voilà, développer une telle app prend du temps, énormément de temps.

Les comparaisons avec des produits matériels du type “Tu paies bien ta baguette de pain à chaque fois” sont toujours un peu bancales. En effet, 2 pains, ça représente 2 fois plus d’ingrédients et de travail pour un boulanger. Pourtant, une appli est faite une fois, puis vendue des milliers de fois, avec un coût de distribution quasi nul.

Ce qui coûte cher, c’est le temps. Le prix des applis est aujourd’hui très bas et cela permet d’en vendre plus. Donc au final, le développeur est censé s’y retrouver avec le volume de ventes. Seulement les ventes sont loin d’être constantes dans la durée. Après le pic initial, les chiffres baissent progressivement jusqu’à stagner à un niveau relativement bas. Le pic initial permet en théorie de compenser ces ventes plus faibles. Il est également possible de provoquer de nouveaux pics de ventes ponctuels via des opérations promotionnelles.

Mais au final, les revenus baissent à un niveau qui ne permet plus de supporter les développement futurs. Le dilemme est qu’une grande part des utilisateurs s’attend à un support éternel d’une app qu’ils ont payée quelques euros. Et ce n’est tout simplement pas possible, car les créateurs d’applications ne vivent pas uniquement d’amour et d’eau fraîche. C’est pourquoi ils cherchent des moyens pour avoir de nouveaux revenus. Et les sources de revenus sont soit:

  • faire payer à nouveau : pas bien!
  • ajouter des achats intégrés : pas bien non plus !
  • ajouter de la pub : la pub c’est nul
  • se faire racheter : quand on voit certaines réactions au rachat de Sparrow par Google…

Problème : il n’y a pas de choix dans cette liste qui permette de contenter tout le monde. Dit autrement : il y aura toujours quelqu’un qui s’indignera.

Tapbots a choisi l’option “mise à jour payante”. Gizmodo s’en émeut, et se dit “dépassé [par] cette politique”. Lokan, qui signale par ailleurs qu’il n’est pas contre payer une mise à jour réellement majeure, trouve dommage de “facturer le même code, dans un packaging différent”. Il est vrai que fonctionnellement, Tweetbot n’a pas beaucoup changé entre les versions 2 et 3. Certaines fonctionnalités sont parties, quelques autres ajoutées. Mais visuellement, tout a changé. Le design, les transitions et animations, tout. C’est là que Lokan se trompe, à mon avis : ce n’est plus du tout le même code. Les concepts apportés par iOS 7 demandent de repenser entièrement la manière dont le code de l’interface est écrit. C’est réellement une nouvelle application que Tapbots a écrit. Ce n’est pas pour rien que cette version leur a demandé 4 mois de travail à 2, 7 jours sur 7, précisent-ils.

Il y a un autre problème dans le cas de Tapbots, c’est la limite des 100 000 tokens imposée par Twitter. Cela veut dire (en résumé) qu’ils ne peuvent pas vendre plus de 100 000 Tweetbot. Et donc que leurs revenus auraient été stoppés nets une fois cette limite atteinte.

Le passage au tout gratuit de Mavericks et des suites iWork et iLife d’Apple ne va certainement pas aider à faire comprendre ce point de vue : les logiciels coûtent cher à produire et tout le monde n’est pas Apple, qui peut compter sur les ventes d’iPhone/iPad/Mac pour s’y retrouver.